Le développement durable (DD), on en parle beaucoup et...on ne fait pas grand chose. G. ROTILLON en a eu confirmation lors d'une rencontre avec des fonctionnaires de l'INSEE qui avaient deux discours : celui de l'exposé officiel et celui tenu pendant le déjeuner.

Il y a une sorte de schizophrénie structurelle. A partir d'une définition « canonique » du DD (1987), une multitude d'interprétations (70 environ). Quelques exemples :

  • les 3 piliers : l'économie, l'environnement et le social
  • articulation (des mêmes domaines)
  • approche transversale, systémique
  • harmonisation entre court et long terme
  • penser globalement, agir localement
  • solidarité entre pays riches et pays pauvres ...

En fait, si l'on examine quelques graphiques, on constate que :

  • l'aide au développement représente 0,4 % du PIB au lieu des 0,7 % demandés par l'ONU
  • les USA sont les derniers ou avant-derniers (selon l'année) pour la lutte contre la concentration en CO2
  • les aires forestières primaires (celles où se trouve la bio-diversité) sont en diminution

  • les découvertes de gisements de pétrole décroissent, alors que la demande augmente

Pourquoi une telle différence entre l'affichage et la réalité ?

Une quadruple opposition :

  • opposition citoyen/consommateur : 50 % connaissent le commerce équitable ; le commerce équitable représente 0,5 % du marché
  • opposition citoyen/politique (pour ne pas dire politicien)
  • opposition consommateur/entreprises, ces dernières entretenant de faux besoins
  • opposition État/entreprises dans le partage entre bien public et bien privé.
Des contraintes existent. La réaction est « c'est la faute de l'autre ». La conséquence est : pas de changement.

La phrase de George Bush père "le mode de vie des Américains n'est pas négociable" est révélatrice d'un certain état d'esprit.

Où sont les blocages ? qui va payer et combien ?

Spirale infernale : les entreprises raisonnent à court terme, elles s'adaptent, elles n'anticipent pas. Les politiciens ont peur des réactions des électeurs à des mesures impopulaires. Les pays en voie de développement ne veulent pas perdre leur croissance. Les pays développés s'impliquent peu car ils doutent de l'efficacité d'une action isolée et attendent que les autres bougent.

Qui doit prendre l'initiative d'engager le processus ? pas le public, les politiques.

G. Rotillon propose 4 mesures pour la France :

  • changer les règles du jeu politique : pas de mandat renouvelable
  • réduire les inégalités. Quand on est dans la pénurie, on ne peut pas faire d'effort
  • supprimer la publicité sur France Télévision et taxer la publicité sur TF1 !

Il cite l'ouvrage de Jared DIAMOND Effondrement qui pose la question « pourquoi des sociétés ont disparues ? ». Pour l'auteur, quatre facteurs peuvent concourir à l’effondrement d’une société : le changement climatique, la dégradation de l’environnement, des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux, l’hostilité des voisins. Le livre traite aussi les cas de survie à long terme de sociétés, comme l'île de Tikopia, qui a pris, vers 1600, la décision politique d'éliminer totalement l'élevage du porc sur l'île, car il consommait trop de légumes farineux. Pour notre société les trois premières conditions de disparition sont réalisées. Et la 4ème ?

G. ROTILLON répond par l'affirmative. La Chine et l'Inde s'adaptent mieux à la mondialisation que les pays occidentaux. On peut trouver une explication dans l'existence d'un système de hiérarchie (castes) dans ces pays.

Au cours du débat qui suit l'exposé G. ROTILLON ajoute ou confirme, en réponse à des questions :

  • il faut savoir se passer du pétrole (carburant, engrais, plastiques...), et ce dans les 10 ans à venir ;
  • il faut changer nos modes de transport, y compris des marchandises ;
  • il faut revoir le contenu de la croissance ;
  • faut s'engager personnellement, en évitant la schizophrénie. Il évoque les vélos fabriqués en Chine et vendus dans la grande distribution française ;
  • il faut une éducation à la taxe. La taxe est un bon outil pour guider le comportement, à condition toutefois que son montant soit adapté.